28 avril 2020
26 avril 2020
"Il va falloir du courage politique pour éviter les vieilles ficelles"
Pour réfléchir à la période qui succédera à la crise du coronavirus, franceinfo donne la parole à des intellectuels, experts et activistes. Premier grand entretien avec Valérie Masson-Delmotte, climatologue et coprésidente du groupe n°1 du Giec.
Extraits choisis...
Il y a quelques jours, vous avez déclaré chez nos camarades de franceinfo TV que "cette pandémie était liée à la destruction des habitats naturels". Pouvez-vous développer ?
Je ne suis pas du tout dans mon domaine de compétence. Mais je peux préciser que les rapports précédents du Giec avaient un angle qui portait sur les interactions climat-environnement-santé. Les angles spécifiques pris étaient les suivants : dans le rapport sur le réchauffement planétaire de 1,5 °C, nous abordions la manière dont la qualité de l'air va jouer en termes de santé publique. La dégradation de la qualité de l'air est liée à des composés qui agissent également sur le climat, parfois des coproduits quand on brûle du pétrole, du charbon, du gaz, du bois…
Par exemple, la notion de santé planétaire, sur le fait que la santé humaine va aussi dépendre de la santé des écosystèmes et de l'état du climat, ou bien l'angle one health, qui fait le lien entre la santé humaine et la santé animale, y compris des animaux d'élevage, et la santé des écosystèmes.
Ce mode de développement contribue à poursuivre les rejets de gaz à effet de serre responsables du réchauffement climatique et de l'ensemble de ses conséquences, y compris l'intensification d'événements extrêmes comme les vagues de chaleur dont nous savons très bien qu'elles posent des problèmes en matière de santé humaine.
Vous racontiez aussi, dans un récent interview, que chez vous, vous entendiez à nouveau le chant des oiseaux avec l'arrêt de l'aéroport qui se trouve non loin. Cette crise est dramatique d'un point de vu sanitaire, social, économique mais est-ce qu'elle a au moins une conséquence positive sur l'environnement ?
La baisse d'émissions associée à l'arrêt forcé de toute activité industrielle, économique et de transport, ce n'est pas du tout cela dont nous parlons quand nous parlons de l'action pour réduire les émissions de gaz à effet de serre, renforcer la résilience de nos sociétés ou réduire la pression sur les écosystèmes.
Nous ne parlons pas du tout d'arrêter les choses de manière forcée. Nous parlons d'utiliser toute l'innovation technologique et sociale, toute l'intelligence collective pour agir sur la manière dont nous produisons les choses et nos choix de consommation, de sorte à réduire, de manière importante, tenace dans la durée, les pressions que nous exerçons sur l'environnement tout en nous permettant de vivre mieux, de vivre dignement. C'est très différent, il ne faut surtout pas faire de confusion par rapport à la situation actuelle.
Une de vos collègues me demandait hier quel était le mot que j'associais à la situation de crise actuelle. Je me suis vraiment posé la question et je crois que le mot que je voudrais utiliser est celui de fragilité. C'est délibéré, c'est le contre-pied du vocabulaire guerrier, du mot de résilience, qui veut dire que nous prenons des chocs, que nous nous reconstituons et que nous allons au-delà du choc. Je pense que nous avons aussi besoin de voir la fragilité de nos sociétés. Nous ne sommes pas tous égaux devant cette crise sanitaire, nous ne serons pas égaux devant la crise économique et financière. Il y a des choses qui vont être exacerbées par rapport à la crise actuelle et à ses conséquences.
C'est le même enjeu par rapport au changement climatique. C'est important de regarder en quoi nous sommes vulnérables et exposés. C'est important de voir comment nous pouvons construire une stratégie ambitieuse d'action pour renforcer la résilience de nos sociétés, pour construire un développement qui permette à tous de vivre dignement, avec des emplois non délocalisables et qui ont un sens, tout en réduisant régulièrement, fortement les émissions de gaz à effet de serre.
Avant de parler de l'après-crise, je voudrais que nous prenions quelques minutes pour bien poser les bases du problème qu'est le réchauffement climatique. Aujourd'hui, où en est-on par rapport à ce problème, comment vous résumeriez la situation ?
Par rapport au changement climatique, nous émettons massivement des gaz à effet de serre, qui ont des caractéristiques différentes. Certains ont un effet sur le temps long, d'autres ont un effet plus éphémère. En ajoutant ces gaz à effet de serre, nous empêchons une partie de la chaleur de la Terre de partir vers l'espace et le climat lui-même réagit à cette perturbation avec des facteurs amplificateurs. L'évolution actuelle du climat, le réchauffement de 1 °C qui est observé, ne s'explique que par l'influence humaine sur le fonctionnement des grands équilibres planétaires.
Il y a donc une partie qui est inéluctable, il va falloir faire avec. Mais l'évolution future du climat va dépendre profondément de deux choses : notre capacité à réduire les émissions de CO2, parce que ce gaz à effet de serre a un effet cumulatif. Ce qui va faire le réchauffement à venir, c'est la somme des émissions de GES passées, actuelles et à venir, c'est quelque chose que nous nous passons entre générations. Si nous voulons que le climat se stabilise par la suite, il faut engager délibérément une baisse de ces émissions de CO2 en agissant sur tous les leviers d'action possible.
Un plan de relance, par exemple, qui miserait sur une reprise d'une croissance non-stop du trafic aérien, ou bien sur des véhicules type SUV qui ont une grosse consommation de carburant est quelque chose qui va en sens orthogonal à ce que serait une action pour maîtriser l'impact du transport sur les émissions de gaz à effet de serre. Nous pourrions contenir une partie de la demande sur les voyages aériens, nous pourrions aussi avoir des véhicules beaucoup moins consommateurs, plus légers, électriques ou hybrides qui baissent fortement la consommation et les émissions de gaz à effet de serre.
16 avril 2020
Les humains doivent cesser de "mépriser" la nature
C’est
en 1960 que le Dr. Jane Goodall a posé le pied pour la première fois dans ce
qui est maintenant connu comme le Parc National de Gombe Stream, où elle débuta
ses recherches novatrices sur les chimpanzés sauvages. Elle n’avait alors que
26 ans. Son projet de recherche ne ressemblait à aucun autre et nous a
tellement enseigné sur nos plus proches cousins dans le royaume animal.
C'est le "mépris" de notre environnement qui a causé la crise du Covid-19, estime Jane Goodall, 86 ans, primatologue britannique qui a voué sa vie à la défense des animaux, notamment les chimpanzés, et de l'environnement. Mais il est temps d'apprendre de nos erreurs et tenter d'éviter de futures catastrophes, plaide-t-elle.
Comment percevez-vous cette pandémie ?
Jane Goodall : C'est notre mépris pour la nature et notre manque de respect pour les animaux avec lesquels nous devrions partager la planète qui ont causé cette pandémie, qui avait été prédite de longue date. Car à mesure que nous détruisons, par exemple la forêt, les différentes espèces d'animaux qui l'habitent sont poussées en proximité forcée et des maladies passent d'un animal à un autre, et un de ces animaux, rapproché par force des humains, va probablement les infecter.
Ce sont aussi les animaux sauvages chassés, vendus sur des marchés en Afrique ou en Asie, notamment en Chine, et nos élevages intensifs où nous parquons cruellement des milliards d'animaux, ce sont ces conditions qui donnent l'occasion aux virus de faire le saut entre les espèces vers les humains.
28 mars 2020
Nous y voilà, nous y sommes ...
L'humanité en péril
Virons de bord, toute !
Editions Flammarion
"Mais bon sang, comment vais-je me sortir de cette tâche insensée ? De cette idée de m’entretenir avec vous de l’avenir du monde vivant ? Alors que je sais très bien que vous auriez préféré que je vous livre un roman policier.
Il y a dix ans, j'avais publié un très court texte sur l'écologie. Et quand on m'a prévenue qu'il serait lu à l'inauguration de la COP 24, c'est alors que j'ai conçu un projet de la même eau, un peu plus long, sur l'avenir de la Terre, du monde vivant, de l'Humanité. Rien que ça."
Ce livre, qui explore l'avenir de la planète et du monde vivant, souhaite mettre fin à la "désinformation dont nous sommes victimes" et enrayer le processus actuel.
Virons de bord, toute !
Editions Flammarion
"Mais bon sang, comment vais-je me sortir de cette tâche insensée ? De cette idée de m’entretenir avec vous de l’avenir du monde vivant ? Alors que je sais très bien que vous auriez préféré que je vous livre un roman policier.
Il y a dix ans, j'avais publié un très court texte sur l'écologie. Et quand on m'a prévenue qu'il serait lu à l'inauguration de la COP 24, c'est alors que j'ai conçu un projet de la même eau, un peu plus long, sur l'avenir de la Terre, du monde vivant, de l'Humanité. Rien que ça."
Ce livre, qui explore l'avenir de la planète et du monde vivant, souhaite mettre fin à la "désinformation dont nous sommes victimes" et enrayer le processus actuel.
Fred Vargas
24 mars 2020
22 mars 2020
Ce n'est pas l'écologie qui est punitive, mais le manque d'écologie qui le devient ...
Contre les pandémies, l’écologie
Même au XXIe siècle, les vieux remèdes apparaissent aux yeux des autorités chinoises comme le meilleur moyen de lutter contre l’épidémie due au coronavirus. Des centaines de millions de personnes subiraient des restrictions dans leurs déplacements. N’est-il pas temps de se demander pourquoi les pandémies se succèdent à un rythme de plus en plus soutenu ?
par Sonia Shah
![]() |
| Sonia Shah est une journaliste d'investigation américaine et auteur d'articles et de livres sur le pouvoir des entreprises, la santé mondiale et les droits de l'homme. |
Serait-ce un pangolin ? Une chauve-souris ? Ou même un serpent, comme on a pu l’entendre un temps avant que cela ne soit démenti ? C’est à qui sera le premier à incriminer l’animal sauvage à l’origine de ce coronavirus, officiellement appelé SRAS-CoV-2. dont le piège s’est refermé sur plusieurs centaines de millions de personnes, placées en quarantaine ou retranchées derrière des cordons sanitaires en Chine et dans d’autres pays. S’il est primordial d’élucider ce mystère, de telles spéculations nous empêchent de voir que notre vulnérabilité croissante face aux pandémies a une cause plus profonde : la destruction accélérée des habitats.
Depuis 1940, des centaines de microbes pathogènes sont apparus ou réapparus dans des régions où, parfois, ils n’avaient jamais été observés auparavant. C’est le cas du virus de l’immunodéficience humaine (VIH), d’Ebola en Afrique de l’Ouest, ou encore de Zika sur le continent américain. La majorité d’entre eux (60 %) sont d’origine animale. Certains proviennent d’animaux domestiques ou d’élevage, mais la plupart (plus des deux tiers) sont issus d’animaux sauvages.
Or ces derniers n’y sont pour rien. En dépit des articles qui, photographies à l’appui, désignent la faune sauvage comme le point de départ d’épidémies dévastatrices. il est faux de croire que ces animaux sont particulièrement infestés d’agents pathogènes mortels prêts à nous contaminer. En réalité, la plus grande partie de leurs microbes vivent en eux sans leur faire aucun mal. Le problème est ailleurs : avec la déforestation, l’urbanisation et l’industrialisation effrénées, nous avons offert à ces microbes des moyens d’arriver jusqu’au corps humain et de s’adapter.
La destruction des habitats menace d’extinction quantité d’espèces. parmi lesquelles des plantes médicinales et des animaux sur lesquels notre pharmacopée a toujours reposé.
![]() |
| Pierre Rabhi, de son nom d'origine Rabah Rabhi, né le 29 mai 1938 à Kenadsa, en Algérie, est un essayiste, romancier, agriculteur, conférencier et écologiste français, fondateur du mouvement Colibris et figure représentative de l'agroécologie en France. Vous pouvez l'écouter ici. |
15 mars 2020
Le coronavirus et le basculement du monde
Une chronique de Jean-Paul Marthoz
L’épidémie sonne comme un avertissement qui devrait amener nos sociétés, ceux qui les dirigent et ceux qui les composent, à s’interroger sur leur mode de fonctionnement et sur les risques qu’ils encourent à poursuivre leur « marche folle ».
Le risque est d’autant plus grand que le Covid-19 se répand alors que le monde est déjà au bord de la crise de nerfs et qu’il apparaît encore moins bien préparé à ce boomerang de la globalisation qu’en 2008, lors de la crise financière. « Au cours de cette dernière décennie, le monde est devenu plus autoritaire, nationaliste, xénophobe, unilatéraliste, anti-establishment et anti-science », constatent sombrement Thomas Wright, de la Brookings Institution, et Kurt Campbell, ex-secrétaire d’Etat adjoint de Barack Obama.
Bien plus encore que l’urgence climatique, car plus concrète, plus personnelle et plus immédiate, « cette épidémie pourrait être le premier test du mode de vie du 21e siècle, mettant à nu la fragilité cachée d’un système qui a longtemps semblé transparent », écrit Charlie Warzel dans le New York Times. Les questions fusent sur ce que l’on ne voulait pas vraiment voir : la dépendance excessive des économies européennes par rapport à la Chine ; les liens potentiels entre les nouvelles épidémies et l’urgence climatique et environnementale ; les défaillances des institutions de santé dans des Etats fragilisés ; les faiblesses des systèmes de sécurité sociale qui, dans de nombreux pays, (dont les Etats-Unis, comme le note Elie Mystal dans The Nation), risquent d’aggraver l’impact de l’épidémie et d’exacerber les tensions sociales en raison des inégalités dans l’accès aux soins.
09 mars 2020
Il faut changer le modèle agricole et pour cela, il faut aider les agriculteurs !
3600 scientifiques interpellent la "désastreuse" politique agricole européenne
3600 scientifiques, dont 137 Belges demandent aux institutions européennes d’améliorer " drastiquement " la proposition pour la Politique Agricole Commune afin qu’elle "cesse de nuire à l’environnement". Leur constat est sans appel. Pour eux, la PAC, telle que proposée actuellement, voit ses ambitions environnementales diluées et risque de mettre en danger le Pacte Vert pour l’Europe.
Sécurité alimentaire, protection de la biodiversité et atténuation du changement climatique, les signataires proposent dix actions urgentes pour "inverser les processus destructeurs en cours et permettre de dépenser l’argent des contribuables dans une agriculture respectueuse de la planète". Il est question de 60 milliards d’euros annuels (l’ensemble des subsides aux institutions européennes) dont 40% constituent le budget de la PAC. "L’argent public ne devrait financer que des pratiques agricoles qui respectent l’environnement", concluent les signataires.
Actuellement, le premier déterminant du montant des “aides aux revenus” versé à un agriculteur est la taille de sa ferme : 80% des paiements vont à 20% des plus grandes fermes en Europe. Une répartition qui "sert les intérêts d’une oligarchie agro-industrielle", affirme la déclaration, en s’appuyant sur une enquête du New York Times, fin 2019, qui a révélé que sur les 65 milliards de dollars par an que l’UE dépense pour subventionner l’agriculture, "une partie de cet argent […] enrichit les politiciens et finance la corruption".
Parmi les propositions émises par les signataires :
- Mettre un terme aux pratiques destructrices pour l’environnement, en éliminant immédiatement les aides liées à la production, en éliminant progressivement les paiements directs, au bénéfice d’un soutien significativement accru à la transition des exploitations vers une agriculture respectueuse de la nature.
- Dédier 10% de la surface agricole aux habitats naturels et semi-naturels comme les haies, les bandes fleuries, fossés, talus et mares.
- Des financements spécifiques accordés aux fermiers pour des activités de protection de la nature.
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